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19.03.2007
Droit de tuer et droit de mourir
La souffrance physique se renforce donc d’une inquiétude métaphysique car la souffrance amène à voir la mort droit dans les yeux et elle fait perdre progressivement toute espérance pour déboucher sur une volonté : en finir.
L’euthanasie vient de faire à nouveau irruption dans le monde judiciaire. La Cour d’Assises de la Dordogne a rendu une décision en apparence clémente mais insatisfaisante. Soit l’acte poursuivi est un crime et, en ce cas, une condamnation à un an de prison avec sursis n’est plus une sanction mais une interpellation ; soit ce n’est pas un crime et il fallait acquitter non pas l’exécutante, l’infirmière, mais le décideur, le médecin qui revendiquait l’ordre donné de tuer la malade.
Chacun se rend bien compte que l’euthanasie est une mauvaise réponse à un vrai problème. On ne peut reprocher aux parlementaires d’avoir esquivé le débat. La loi Leonetti votée en 2005 devrait permettre de mieux accompagner les mourants. Cette loi, adoptée à l’unanimité, prend en compte, au mieux, la liberté du malade qui peut refuser un traitement, faire son testament de vie, choisir un représentant au moment décisif. Elle institue la collégialité de la décision médicale.
Est-on pour autant parvenu au droit de mourir dans la dignité, réclamé depuis longtemps par le sénateur Henri Caillavet, jadis vice-président du parti radical de gauche ?
Une très grande majorité des Français – près de 90 % - veut pouvoir demander l’euthanasie, notamment en cas de maladie incurable. Mais le législateur qui vient de se prononcer en 2005, rappelle que donner la mort est un interdit fondamental de notre société, en dehors des cas bien spécifiques liés à la mort prochaine et à la souffrance intolérable.
En 2010, cinq années après le vote de la loi Leonetti, il faudra faire une évaluation et ressaisir le Parlement pour qu’un nouveau débat consensuel puisse s’instaurer. Il serait sans doute significatif que, dans le cadre d’une modification de la constitution, le Parlement soit saisi d’un projet de loi par les électeurs eux-mêmes.
Le législateur ne pourra pas ignorer plus longtemps le suicide. Jadis, à Rome, on se suicidait sereinement, entouré des siens et en s’ouvrant les veines. Nous vivons dans une autre société, le suicide, c’est le plus souvent le désespoir, l’impossibilité mentale de continuer à vivre tant il est vrai que la souffrance morale est parfois aussi insupportable que la souffrance physique.
La vie, la mort, la dignité, le néant ou l’au-delà.
Rien n’est simple ici-bas.
09:15 Publié dans Faits de société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : euthanasie, Leonetti, Caillavet, suicide
Commentaires
La question de l'euthanasie est associée à la souffrance de patients souffrants physiquement et en fin de vie dans le procès auquel vous faites allusion. J'entendais le généticien et membre du Comité d’éthique Axel Kahn, l'autre jour, dire que ce que les patients souffrants et donc dépressifs présentent comme une liberté, la volonté de vouloir mourir, n'en est en fait pas une, dans la mesure où ce serait la souffrance physique et la dépression qui les pousseraient à choisir de mourir. Soit.
Cependant, est-il judicieux de limiter la réflexion sur l'euthanasie à une volonté suicidaire ? Si on prend le cas des accidents de voiture, dans certains cas, ce sont les actes médicaux qui contribuent à ramener des patients à la vie alors que le cerveau a subi des dommages irréversibles. On peut se souvenir du cas de Vincent Imbert. Les avancées médicales fantastiques dans certaines circonstances, se révèlent parfois néfastes. Pourtant, ne pas réanimer semble une abérration si on sait que certains patients très gravement atteints dans leurs capacités physiques disent ne pas regretter d'être en vie.
Mais voilà, faut-il vraiment réanimer à tout prix ? C’est une question que je me pose. Aux Etats-Unis, il existe des cartes que l’on garde sur soi – Do Not Resuscitate (DNR) orders - au même titre qu'une carte de donneur d'organes par exemple, qui stipule que la personne ne désire pas être réanimée. (voir par exemple http://www.med.umich.edu/1libr/aha/umlegal05.htm) C’est un choix qui est fait en toute conscience, signée par un médecin, alors que la personne peut être en pleine santé et en pleine forme. Qu’en pensez-vous ?
Ecrit par : charlotte | 20.03.2007

