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04.06.2007

L’assassinat d’un Procureur

Bernard Borrel était le procureur de Lisieux. Il y exerça ses fonctions avec compétence et laissa le meilleur souvenir : celui d’un magistrat soucieux de l’ordre public, qui ne transigeait pas. Sa femme, Elisabeth Borrel, était elle-même magistrate à Caen où elle fut nommée au service des affaires familiales.

En 1995, Bernard Borrel est nommé à Djibouti. Il y représente la France dans un territoire secoué par l’islamisme et le terrorisme. Les intérêts français y sont importants car Djibouti permet d’abriter la marine française qui peut ainsi surveiller l’océan indien. Les phantasmes de l’Empire sont traversés par tous les dirigeants politiques qui n’ont de cesse de dire que la France doit « tenir son rang », comme l’affirmaient le général de Gaulle et François Mitterrand.

Le 19 octobre 1995, le corps de Bernard Borrel est retrouvé sans vie à Djibouti. A demi-calciné. La France et Djibouti prétendent aussitôt que ce procureur intègre s’est suicidé et immolé par le feu !

C’était sans compter sur Elisabeth Borrel, persuadée que son mari avait été assassiné. Elle portera plainte, saisira la justice. Celle-ci, de manière incompréhensible, soutiendra pendant des années la thèse du suicide.

Une véritable « affaire Dreyfus ».

Une affaire d’Etat, car bientôt, les choses s’éclaircirent. Le Président de Djibouti et ses proches étaient à l’évidence au courant de ce qui s’était passé pour ne pas dire plus.

Les autopsies ont en effet révélé la présence d’une fracture du crâne incompatible avec le suicide. Par ailleurs, les experts ont pu établir que les produits inflammables ont été répandus alors même que le procureur était déjà mort puisqu’on n’a pas retrouvé de traces de feu ou de brûlé dans les poumons.

Autrement dit, on a suicidé Bernard Borrel et on l’a brûlé.

Aujourd’hui, la presse, la télévision ont décidé d’unir leurs efforts pour connaître la vérité, les causes de l’assassinat, les noms des assassins. Cela sera dur car il faut s’attaquer à un chef d’Etat. Les deux terroristes dont on a retrouvé la trace et qui seraient à l’origine du crime ont été mis à l’abri et le Président de Djibouti refuse la présence de la justice française.

Une femme seule a fait plier les institutions qui s’étaient liguées contre elle. La Chancellerie, le Quai d’Orsay, l’Elysée n’ont pas à être fiers. Ils ont préféré le secret d’Etat à la vérité.

Espérons que cette vérité emportera tout. La France pourra alors se regarder en face et ne pas se comporter comme au temps des lettres de cachet.

Commentaires

Qui avez-vous suicidé?

Ecrit par : Voltaire | 11.06.2007