15.06.2007

Fin de campagne

En quatre mois, j’ai labouré le sol normand. Plus de 200 réunions.

Ah ! Si Ségolène avait pu gagner ! Tout aurait été plus facile. Son élection était imperdable et je suis persuadé que tous les retards à l’allumage, les scepticismes, les trahisons ont contribué en profondeur à saboter son image. L’adversaire était de qualité, nous le savions. Il s’était préparé avec minutie et a gagné pour avoir su incarner le changement et avoir décidé sans conscience ni vergogne de reprendre à son compte les concepts de l’extrême droite.

Mais nous avons aussi perdu la bataille des images : Sarkozy est apparu comme le défenseur du monde du travail. Un comble ! Alors qu’historiquement le travail est une valeur de gauche et la rente une référence de droite. Ségolène a été assimilée à la société d’assistance, ce que les travailleurs n’admettent plus. Il faudra bien reprendre les thèmes du donnant – donnant. Tous ceux qui obtiennent une aide, un avantage, doivent en retour quelque chose à la société, Rmistes en particulier.

L’inversion du calendrier a développé ses conséquences mécaniques et diaboliques. Les candidats députés de gauche devenaient des empêcheurs de tourner en rond. Défendre, dans ces circonstances, est moins fort que d’attaquer pour le changement. Et la gauche devient celle qui ne se bat que pour les avantages acquis, inversant la place des conservateurs qui deviennent ipso-facto des hommes de gauche.

Décidément, tout est à l’envers.

La gauche doit incarner le changement, la mobilité, c’est pour cela qu’elle existe. Elle doit transformer en profondeur la société pour la rendre plus juste et plus humaine. Le surplace, le rétroviseur sont des dangers mortels.

Heureusement, la droite reste ce qu’elle est : le meilleur atout des favorisés de l’existence et elle paye aussitôt tous ceux qui l’ont aidée. Elle refusera toujours le partage. C’est ce qui la perdra.

11.05.2007

Un centriste courageux

On a trop souvent parlé du centre en évoquant le ventre mou de la République tombant toujours du côté où il penche naturellement, c’est-à-dire à droite, pour ne pas accorder d’intérêt et considération à l’entreprise de François Bayrou.

L’homme est courageux et se compare souvent à un chef de bédouins traversant le désert. De telles équipées sont longues et sont marquées par les abandons voire les trahisons. Ainsi, le Général de Gaulle de 1947 à 1958, ainsi François Mitterrand de 1958 à 1965. L’un et l’autre ont vu la victoire récompenser leur patience. Mais, Pierre Mendès-France quitte le pouvoir en 1954 pour ne jamais le retrouver.

L’entreprise est donc hasardeuse.

C’est sans doute pourquoi la grande majorité des députés UDF ont préféré les délices de Capoue au sang et aux larmes promises par Churchill.

A gauche, il serait stupide de négliger ou mépriser les efforts de François Bayrou. Ségolène Royal a suffisamment souligné les points de convergence : Etat impartial, humanisme, Europe, justice sociale.

Le Député-Maire de Lyon, Gérard Colomb, s’est dit prêt à tendre la main aux amis de François Bayrou. Jean-Marc Ayrault ne dit rien d’autre. Le parti socialiste doit se prononcer le week-end prochain. Il ne serait pas bon d’avoir une ligne politique en zigzag.

Michel Crépeau rappelait toujours que la politique est l’art des additions. Faisons donc preuve de réalisme et de bon sens en recherchant des majorités d’idées face au bloc conservateur alimenté par les voix d’extrême droite.

03.05.2007

La botte de Nevers

Les duellistes ont ferraillé dur, hier soir.

Ségolène était superbe, dans une tenue de hussard noir avec chemisier blanc et col officier. Sarkozy faisait bien propret avec chemise bleue et cravate club.

Les premiers moulinets sont rapides. Elle attaque et il pare tant sur les sujets économiques que sociaux. L’homme du bilan a du souci à se faire.

Puis vint la botte de Nevers. Celle qui tue par une attaque entre les deux yeux. Sarkozy venait-il de tenter de faire pleurer dans les chaumières sur le sort des enfants handicapés et de leur accueil dans les écoles, qu’elle le bouscule, rappelle qu’elle a fait une loi sur ce sujet qui la touche en tant que femme, que mère, que ministre. Elle élimine toute rhétorique, précise que le gouvernement Sarkozy a supprimé les postes qui permettaient l’accueil de ces malheureux exclus de la société. Elle trouve les mots justes. Elle aligne Sarkozy. A l’évidence, l’émission a changé de ton. Au cours de cette fin du 4ème acte, elle va frapper. Elle l’accuse d’immoralité pour avoir usé en politicien de la détresse des familles. Elle lui fend l’armure. Elle le tue. Il tombe et sera désormais inexistant, renonçant à son temps de parole, concluant de manière insipide.

Aux Etats-Unis, trois débats opposent les deux candidats. La France aseptise et réduit au minimum les échanges avec son système stupide et son mythe de l’égalité ; elle empêche tout débat avant le premier tour. Encore une chose à transformer.

Mais que Ségolène fut bonne hier. Elle tient le bon bout après son dialogue avec Bayrou et son meeting de Charlety. Elle a créé une dynamique entre les deux tours. Mais le handicap est lourd tant le procès en incompétence monté de toute pièce par ses propres amis socialistes et d’abord par Lionel Jospin pèse lourd et est difficile à remonter.

Il reste quelques heures et ce soir un meeting à Vire à 20 heures 30.

Alors continuons !

30.04.2007

Dialogue

Ségolène Royal et François Bayrou se sont donc rencontrés samedi matin sur BFM télévision et RMC ainsi que devant 2 journalistes de la presse écrite.

Ce fut un dialogue de qualité, utile pour la démocratie. Que Nicolas Sarkozy refuse de discuter avec le leader centriste qui a rassemblé 7 millions de voix reste incompréhensible.

Plusieurs sujet furent abordés : les institutions, la démocratie, l’Europe, l’économie, les problèmes de société. Convergences et cohérences ont permis de constater que Ségolène et François Bayrou s’accordent sur l’essentiel. Le reste est pour plus tard.

Ce qui les rapproche : la vision d’un Etat impartial, le sens de l’intérêt général, la volonté de sortir d’un système bloqué. Ils veulent des majorités d’idées qui permettent le rassemblement et non la division.

Ce qui les sépare : le rôle de l’Etat. Ségolène croit à l’Etat, à son rôle d’impulsion, à ses services publics et sa fonction publique. François Bayrou reste sur une ligne libérale oubliant ce que disait LACORDAIRE au XIXème siècle : « c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit ».

Ségolène Royal a su, durant cette première semaine qui sépare les deux tours de l’élection présidentielle faire du dialogue sa marque de fabrique.

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy se produisait avec Johnny Halliday et quelques autres ringards sans doute pour parler d’évasion fiscale.

Mais, le grand débat est pour mercredi soir. Il sera utile et peut-être déterminant. Les deux projets apparaitront un peu mieux.

Que l’on parle de la France et des Français. Qu’avec pédagogie, on expose les vertus d’un ordre juste et d’une société apaisée.

Il faudra bien sortir des combats de coq et construire tout ce qui n’a pas été fait depuis 2002.

Rappelons donc simplement qu’il y a l’homme du bilan, Nicolas Sarkozy, et la femme du projet, Ségolène Royal.

27.04.2007

Briseuse de tabous

En quelques jours, Ségolène Royal vient de briser les tables de la loi du congrès d’Epinay.

François Mitterrand avait théorisé au cours des années soixante-dix l’alliance à gauche du parti socialiste. Son intuition puis son action furent simples : faire du PS un parti pivot, s’allier avec le PC pour le détruire, agir comme une mante religieuse, s’appuyer enfin sur quelques sympathiques radicaux qu’il s’appliqua à mettre sous la tente à oxygène, avec une certaine tendresse, il est vrai.

Les alliés de gauche des socialistes ont alors subi le vote utile, la main de fer dans un gant de velours.

Les communistes ont donc disparu de la scène politique. Leur affaiblissement est tel qu’ils ne pourront sauver quelques circonscriptions qu’en obtenant une investiture dès le premier tour, ce qu’ils firent pour certains d’entre eux en 2002 en invoquant le risque de voir le front national rester seul en lice avec la droite.

Les verts ne savent plus où donner de la tête. Leur score est à quelques voix le même que celui des communistes. La faute à Hulot ? Mais fait observer cruellement Yves Cochet : « 253 sondages ont donné Dominique Voynet à 1 ou 2 % avant Hulot, pendant Hulot, et après Hulot ».

La gueule de bois pour les anciens alliés de la gauche plurielle.

Restent les radicaux qui ont eu l’intelligence de soutenir Ségolène Royal dès le premier tour et de négocier des sièges aux élections législatives.

Ils seront les seuls rescapés des législatives si Ségolène l’emporte le 6 mai prochain.

Mais la candidate est allée beaucoup plus loin, avec un réalisme à la Mitterrand, elle a aussitôt pris en compte le score réalisé par François Bayrou dont de nombreux électeurs sont à l’évidence révoltés par le comportement de Nicolas Sarkozy.

Ségolène n’y est pas allée de main morte. Elle a tout d’abord indiqué que le pacte présidentiel n’était pas intangible. Tout est discutable. Elle a proposé ensuite, en s’appuyant sur le parrainage de Jacques Delors et de Romano Prodi, de confier des portefeuilles aux centristes qui l’appuieraient. Elle s’est engagée, dans une discussion ouverte, publique, avec le responsable centriste.

De quoi donner le tournis au moment où elle recevait l’appui d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot.

Mais elle a raison.

Elle fonce. Elle en devient brillante à la télé avec Arlette Chabot.

Sarkozy n’a plus qu’à tenter des manœuvres de diversion. Agir sur les médias pour empêcher un dialogue Bayrou – Royal. Aller jusqu’à prétendre qu’il est anticonstitutionnel (thèse de Santini) d’organiser un débat entre la numéro 2 et le numéro 3 de la compétition.

Pitoyable.

Mais le fait est là : la première semaine qui sépare les premier et deuxième tours a été monopolisée par Ségolène et François Bayrou. Ils ont exclu Sarkozy qui continue son débauchage des élus centristes.

Mais l’élection présidentielle, ce n’est pas quelques élus plus ou moins usés et fatigués qui la font ; c’est le rapport direct entre la candidate et les électeurs.

Ségolène y excelle. Elle vient de renverser les tabous socialistes. Avec un art consommé, elle avait éliminé Fabius et Strauss-Kahn.

En quelques jours, elle vient d’imposer la sociale démocratie.

26.04.2007

L’arc-en-ciel

Les partis politiques, les hommes politiques aiment les couleurs :

Le noir pour les fascistes à moins qu’ils ne préfèrent le marron.

Le bleu pour la droite en souvenir de la chambre bleu-horizon de 1919.

Le rouge pour les communistes.

Le vert pour les écologistes, à moins que cela ne soit le jaune tournesol.

L’orange pour la révolution tranquille d’Ukraine, couleur désormais favorite de François Bayrou.

Certains adorent les fleurs : nous avons connu la révolution des œillets, les rois de France aimaient le lys, et le socialistes, bien sûr, se sont appropriés les roses rouges.

Les fans de Ségolène effeuillent les marguerites. Ceux qui veulent renforcer les chances de la future présidente recherchent des trèfles à quatre feuilles.

Ségolène veut rassembler au-delà du rouge et du vert. Elle nous promet un arc-en-ciel. Les sept couleurs conventionnelles. Sept est bien sûr un chiffre magique qui nous fera gagner.

L’arc-en-ciel de la victoire.

25.04.2007

Les Saxons

La bataille de Leipzig a marqué en 1813 le début de la fin du premier Empire. Napoléon comptait bien battre les coalisés pour tenter d’obtenir un traité qui lui aurait permis de sauver la rive gauche du Rhin. C’était sans compter sur ses «alliés», les Saxons, qui désertèrent en pleine bataille pour retourner leurs armes contre les Français.

On connait la suite. Malgré les victoires de Lützen et Bautzen, l’Empire s’écroula. Dans l’histoire militaire, dans l’imagination des peuples, les Saxons passeront à tout jamais pour des traitres.

Chaque bataille politique engendre son lot de traitres. Ils passent de droite à gauche ou de gauche à droite. Jacques Dutronc en fit une chanson inoubliable : «l’opportuniste». Ils étalent la foi des nouveaux convertis et se montrent plus intransigeants que de vieux troupiers.

Il existe des traitres de carnaval. Bernard Tapie par exemple, qui arrive dimanche soir sur les plateaux de télévision pour annoncer son soutien à Sarkozy mais, sans doute pris de boisson plus que de remords, annonce qu’il soutient Ségolène pour se raviser dans un fou rire général.

Il existe des petits marquis, pleins de leur personne, qui n’en finissent plus de régler leurs comptes avec Ségolène. L’un d’entre eux avait pourtant écrit que Sarkozy était un « néo-conservateur américain à passeport français ». Certains parlent d’aveux publics dans un pur procès stalinien. Tout cela ne s’est pas passé à Prague mais à Dijon.

J’ai bien connu ce spécialiste de l’économie car nous occupions un bureau au même étage de l’Assemblée Nationale et l’une de mes collaboratrices est venue travailler pour ce nouveau Saxon.

Quelle tristesse !

La haine aveugle et détruit jusqu’à l’intelligence.

Il ne reste que la médiocrité. Pauvre Eric.

Parfois, la politique, cela rend fou.

23.04.2007

Front républicain

Avec une exceptionnelle participation des Français, le premier tour de l’élection présidentielle a qualifié les deux favoris, Nicolas Sarkozy avec 31 % des voix, Ségolène Royal avec 26 %. Des deux outsiders, l’un s’est écroulé, Jean-Marie Le Pen qui reste scotché à environ 10 % et François Bayrou qui réussit sa percée à 18,5 %.

Le premier tour qualifie. Le second tour élimine le perdant. Il faut donc rassembler pour l’emporter alors même que Nicolas Sarkozy a viré en tête.

Mais Ségolène peut gagner, doit gagner.

Elle doit rassembler toute la gauche et les écologistes, ce qui est fait. Elle doit aller, ainsi qu’elle l’a indiqué, bien au-delà. Elle n’est plus prisonnière d’un parti. Elle est désormais la championne du front républicain.

Elle doit donc lancer un signal fort auprès de tous les électeurs et tout d’abord auprès de ceux qui ont choisi de soutenir François Bayrou.

• L’Europe, tout d’abord, puisqu’elle s’est engagée avec François Bayrou à consulter à nouveau les Français sur un nouveau traité qui instituera la citoyenneté européenne et débloquera les institutions figées par le vote à l’unanimité.

• L’Etat impartial ensuite, car nous voulons un Etat qui ne favorise pas les copains. Un Etat où l’éthique sera la référence. Nous avons, en son temps, supprimé les fonds spéciaux. Il faut aller bien au-delà en termes de transparence, de travail législatif, de contrôle de l’exécutif et de l’administration. L’Etat impartial doit permettre de nous retrouver car chacun sent bien que la droite est aux antipodes de l’Etat impartial.

• La réforme des institutions enfin, la création de la sixième République pour remplacer un Etat aux abois qui repose sur la monarchie présidentielle.

Ainsi, en allant au-delà du rassemblement de la gauche, Ségolène Royal peut gagner. Elle seule peut porter ce message. Qu’elle le fasse avec courage en éliminant les contingences partisanes.

Qu’elle représente une démocratie apaisée.

20.04.2007

Vote utile

A deux jours du vote du premier tour de l’élection présidentielle, il est nécessaire de rappeler certains principes de base.

1. Le candidat qui arrivera en tête, surtout s’il est détaché, bénéficiera d’un avantage pour le second tour de l’élection.

2. Le candidat de gauche devra rassembler sur son nom bien au-delà de la gauche traditionnelle. Ce sont donc tous les républicains qui devront assurer son succès. La République, c’est un Etat qui corrige les effets de la loi du marché. Celle qui assure la promotion de ceux qui travaillent. Celle qui se penche sur tous les exclus de la société. Il n’y a pas de bons et mauvais Français, il y a tous les Français quels que soient leur origine, leur race, leur rang, leur religion.

3. La candidate de gauche devra rassurer, c’est son principal atout alors même que le candidat de l’UMP inquiète, fait peur.

4. Il faut donc que le vote utile joue à plein. Nous avons tous en tête le 21 avril 2002. Plus jamais ça. Alors, dès le premier tour, votons tous pour Ségolène.

13.04.2007

Un si sympathique facteur

Les sondages valent ce qu’ils valent. Ils sont peu fiables mais indiquent des tendances.

Il y a cinq années, à la même époque, Jospin commençait à décrocher et l’inversion des courbes entre Le Pen et lui-même devenait une possibilité soulignée par Monsieur Le Gall, spécialiste des sondages au Parti socialiste. Personne à l’époque n’accorda de crédit à son analyse.

Le 12 avril 2007, Le Monde publie les graphiques de quatre instituts de sondage : IFOP, SOFRES, IPSOS et CSA.

L’avance au premier tour de Nicolas Sarkozy se confirme : 7,5 points, 4,5 points, 8 points pour les trois premiers instituts. Seul CSA ne lui donne que 2,5 points d’avance.

Ségolène reste seconde dans tous les sondages et François Bayrou n’a jamais eu des courbes qui ont croisé celles de la candidate de gauche mais l’écart est faible : 2 points, 3,5 points, 3 points, 2,5 points.

Tout est donc possible.

Les Radicaux ont choisi le rassemblement dès le premier tour pour éviter que la catastrophe de 2002 ne se reproduise. Ils avaient à l’époque une excellente candidate, Christiane Taubira, dont les voix, si elles s’étaient reportées sur Jospin dès le premier tour, auraient permis à celui-ci d’être présent au second tour et sans doute de l’emporter.

Or, dans ces derniers jours de campagne, je sens toute la sympathie qu’inspire notre jeune facteur, Olivier Besancenot. On se moque de ce qu’il dit mais il passe bien. Il incarne la fraîcheur. Il parle bien.

De nombreux jeunes qui ignorent le nom même de Trotski veulent voter pour lui, car ils s’identifient à ce jeune homme.

Rappelons donc simplement mais avec force que le 22 avril 2007 est le lendemain du 21 avril 2002 et que les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Au second tour, le réflexe anti-sarkozy jouera à plein mais c’est au premier tour qu’on gagne le second.

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