02.05.2007

Vive Plantu

Depuis 1968, je lis Le Monde tous les jours, ou plus exactement tous les soirs puisqu’un porteur spécial me l’apporte vers 17 heures à mon cabinet d’avocat.

Depuis un certain temps, Le Monde m’ennuie. Trop sérieux. Mais surtout, trop gouvernemental. Trop UMP, trop Sarkozyste. Comment s’étonner qu’Alain Minc, un esprit éclairé qui a fini par s’éteindre comme les cierges dans les églises, en soit le patron. Minc, dont j’ai lu pratiquement tous les livres, m’ennuie. C’est un somnifère aussi sûr que quelques discours de spécialistes des tribulations boursières.

Mais, heureusement, il y a Plantu. Et, chaque soir, j’admire son dessin, son génie. Peindre Sarkozy sous les traits d’Iznogoud, celui voulait être calife à la place du calife. L’assassin en puissance. Le parricide chiraquien. Le Méchant.

Iznogoud est survolé par des mouches, entouré par des souris apeurées.

Iznogoud, c’est encore mieux que Joe Dalton.

L’un termina dans les geôles du pacha, l’autre dans un pénitencier.

Partisan de la présomption d’innocence, je préfère laisser le vizir et le pacha en liberté mais hors d’état de nuire.

En 2002, j’ai voté pour le pacha. En 2007, qui voterait pour le vizir ? Qui voterait pour Iznogoud ?

30.04.2007

Dialogue

Ségolène Royal et François Bayrou se sont donc rencontrés samedi matin sur BFM télévision et RMC ainsi que devant 2 journalistes de la presse écrite.

Ce fut un dialogue de qualité, utile pour la démocratie. Que Nicolas Sarkozy refuse de discuter avec le leader centriste qui a rassemblé 7 millions de voix reste incompréhensible.

Plusieurs sujet furent abordés : les institutions, la démocratie, l’Europe, l’économie, les problèmes de société. Convergences et cohérences ont permis de constater que Ségolène et François Bayrou s’accordent sur l’essentiel. Le reste est pour plus tard.

Ce qui les rapproche : la vision d’un Etat impartial, le sens de l’intérêt général, la volonté de sortir d’un système bloqué. Ils veulent des majorités d’idées qui permettent le rassemblement et non la division.

Ce qui les sépare : le rôle de l’Etat. Ségolène croit à l’Etat, à son rôle d’impulsion, à ses services publics et sa fonction publique. François Bayrou reste sur une ligne libérale oubliant ce que disait LACORDAIRE au XIXème siècle : « c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit ».

Ségolène Royal a su, durant cette première semaine qui sépare les deux tours de l’élection présidentielle faire du dialogue sa marque de fabrique.

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy se produisait avec Johnny Halliday et quelques autres ringards sans doute pour parler d’évasion fiscale.

Mais, le grand débat est pour mercredi soir. Il sera utile et peut-être déterminant. Les deux projets apparaitront un peu mieux.

Que l’on parle de la France et des Français. Qu’avec pédagogie, on expose les vertus d’un ordre juste et d’une société apaisée.

Il faudra bien sortir des combats de coq et construire tout ce qui n’a pas été fait depuis 2002.

Rappelons donc simplement qu’il y a l’homme du bilan, Nicolas Sarkozy, et la femme du projet, Ségolène Royal.

27.04.2007

Briseuse de tabous

En quelques jours, Ségolène Royal vient de briser les tables de la loi du congrès d’Epinay.

François Mitterrand avait théorisé au cours des années soixante-dix l’alliance à gauche du parti socialiste. Son intuition puis son action furent simples : faire du PS un parti pivot, s’allier avec le PC pour le détruire, agir comme une mante religieuse, s’appuyer enfin sur quelques sympathiques radicaux qu’il s’appliqua à mettre sous la tente à oxygène, avec une certaine tendresse, il est vrai.

Les alliés de gauche des socialistes ont alors subi le vote utile, la main de fer dans un gant de velours.

Les communistes ont donc disparu de la scène politique. Leur affaiblissement est tel qu’ils ne pourront sauver quelques circonscriptions qu’en obtenant une investiture dès le premier tour, ce qu’ils firent pour certains d’entre eux en 2002 en invoquant le risque de voir le front national rester seul en lice avec la droite.

Les verts ne savent plus où donner de la tête. Leur score est à quelques voix le même que celui des communistes. La faute à Hulot ? Mais fait observer cruellement Yves Cochet : « 253 sondages ont donné Dominique Voynet à 1 ou 2 % avant Hulot, pendant Hulot, et après Hulot ».

La gueule de bois pour les anciens alliés de la gauche plurielle.

Restent les radicaux qui ont eu l’intelligence de soutenir Ségolène Royal dès le premier tour et de négocier des sièges aux élections législatives.

Ils seront les seuls rescapés des législatives si Ségolène l’emporte le 6 mai prochain.

Mais la candidate est allée beaucoup plus loin, avec un réalisme à la Mitterrand, elle a aussitôt pris en compte le score réalisé par François Bayrou dont de nombreux électeurs sont à l’évidence révoltés par le comportement de Nicolas Sarkozy.

Ségolène n’y est pas allée de main morte. Elle a tout d’abord indiqué que le pacte présidentiel n’était pas intangible. Tout est discutable. Elle a proposé ensuite, en s’appuyant sur le parrainage de Jacques Delors et de Romano Prodi, de confier des portefeuilles aux centristes qui l’appuieraient. Elle s’est engagée, dans une discussion ouverte, publique, avec le responsable centriste.

De quoi donner le tournis au moment où elle recevait l’appui d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot.

Mais elle a raison.

Elle fonce. Elle en devient brillante à la télé avec Arlette Chabot.

Sarkozy n’a plus qu’à tenter des manœuvres de diversion. Agir sur les médias pour empêcher un dialogue Bayrou – Royal. Aller jusqu’à prétendre qu’il est anticonstitutionnel (thèse de Santini) d’organiser un débat entre la numéro 2 et le numéro 3 de la compétition.

Pitoyable.

Mais le fait est là : la première semaine qui sépare les premier et deuxième tours a été monopolisée par Ségolène et François Bayrou. Ils ont exclu Sarkozy qui continue son débauchage des élus centristes.

Mais l’élection présidentielle, ce n’est pas quelques élus plus ou moins usés et fatigués qui la font ; c’est le rapport direct entre la candidate et les électeurs.

Ségolène y excelle. Elle vient de renverser les tabous socialistes. Avec un art consommé, elle avait éliminé Fabius et Strauss-Kahn.

En quelques jours, elle vient d’imposer la sociale démocratie.