16.05.2007

Regrettable ambigüité

Après les tentatives de débauchage individuel, réalisées avec un art consommé par Nicolas Sarkozy, il nous faut faire preuve de clarté politique.

En ces temps troublés, se rendre à l’invitation de Nicolas Sarkozy pour discuter de tout et de rien est, à l’évidence, un élément de confusion. Nicolas Sarkozy constitue un gouvernement et tant que celui-ci ne sera pas définitif, le rencontrer est inutile, pour ne pas dire nuisible. En tout cas, l’électeur, prévenu par la radio, n’y comprend rien.

Que dire de la proposition de rencontres avec un parti de droite dirigé par l’un des principaux ministres de l’UMP, Monsieur Borloo ? Stratégie proposée à la fin d’une rencontre avec Monsieur Sarkozy. C’est à la fois inutile et dangereux. Je regrette et condamne ces éléments de confusion entretenus par le Président de mon parti. Bien évidemment, en tant que Vice-Président du parti, je n’ai été consulté sur rien. Le pouvoir solitaire n’a jamais donné de bonnes choses en politique.

Les radicaux de gauche sont les alliés du parti socialiste. Qu’ils discutent en dehors des périodes électorales avec ceux de l’autre rive, pourquoi pas ? Mais, actuellement, cela est insupportable.

On ne sort de l’ambigüité qu’à son détriment.

Après une défaite, il faut resserrer les rangs, se remotiver puis contre-attaquer.

Le Radicalisme n’a rien à faire de ces manœuvres dignes des couloirs de la IVème République.

Nous devons nous préparer à affronter le désert. Ayons donc un peu de colonne vertébrale. C’est ainsi qu’on reste droit.

15.05.2007

La soupe

Après les noms de Claude Allègre, Hubert Védrine, Jean-Marie Bockel, la rumeur fait de Bernard Kouchner un futur transfuge.

On avait déjà eu Eric Besson qui recevra ou ne recevra pas un plat de lentilles de la part du nouveau pouvoir.

Ces tentatives de débauchage, sous prétexte d’ouverture me donne des hauts le cœur.

Un autre Nicolas écrivit en 1513 « Le Prince ». Toutes les techniques de retournement des individus y sont décrites avec un art consommé. Machiavel aurait donc un lointain descendant à Neuilly.

Reste Bernard Kouchner qui a toujours eu le sentiment de ne pas être estimé à sa juste valeur. Il essaya, mais en vain, lorsqu’il était membre du PRG, de trouver une circonscription pour rencontrer l’électeur rural qui est plus difficile à convaincre que les bobos de la rive gauche.

J’ignore ce que décidera Bernard Kouchner mais voudrais lui raconter ce que vécut mon ami Stefan Meller, ambassadeur de Pologne à Paris. Le dernier gouvernement de la droite extrême, au pouvoir à Varsovie, en fit un ministre de l’ouverture chargé des affaires étrangères de la Pologne. Stefan Meller était un grand historien, spécialiste de Danton, ami de Wajda, et de l’intelligentzia parisienne. Il servit, pendant quelques mois, de caution européenne mais, devant le nationalisme des frères jumeaux qui dirigent la Pologne, il fut contraint de remettre sa démission. Il n’avait servi à rien.

Un ministre des affaires étrangères, en France, doit vivre en osmose avec le Président de la République. Il doit devancer ses choix, devenir son interprète, son avocat, vanter ses mérites dans toutes les cours d’Europe et du reste du monde.

Il est, certes, agréable de dîner au Quai d’Orsay, d’être adulé par les belles femmes qui fourmillent dans les ambassades et de fréquenter les dirigeants de la planète. Mais, la réalité reste cruelle. Elle écrase et broie tout ministre des affaires étrangères qui veut exister par lui-même.

Il faudra bien faire un choix, soit un poste de petit télégraphiste comme le pensait méchamment François Mitterrand, soit rester une référence pour ceux qui ont cru que 1968 n’était pas seulement la chienlit.

Bernard Kouchner a fait rêver avec les « French Doctors ». N’est-ce-pas plus important que de brouiller une image toujours fraîche ?

Les oubliettes de l’histoire sont proches car n’est pas Talleyrand qui veut.

14.05.2007

Pouvoir absolu

La tentation du pouvoir absolu guette le Président de la République et son parti désormais tout à sa dévotion, l’UMP.

Le pouvoir absolu, c’est bien sûr la concentration de tous les pouvoirs. Sur le plan économique, tout d’abord : jamais il n’y a eu un tel rapprochement, certains disent une telle collusion entre Nicolas Sarkozy et les détenteurs du pouvoir économique. Le MEDEF a, bien sûr, inspiré ses propositions même si Laurence Parisot a fait preuve de retenue dans son soutien. Mais l’amitié, les liens tissés entre Nicolas Sarkozy et les principales puissances financières et industrielles du pays dépassent tout ce qu’on a connu. Georges Pompidou venait, il est vrai, de la banque ; il était le fondé de pouvoir de Guy de Rothschild, un homme au demeurant remarquable qui pouvait s’honorer d’avoir eu un comportement d’exception durant la deuxième guerre mondiale.

Avec Nicolas Sarkozy, on va bien au-delà. Il nous a révélé que Martin Bouyghes l’appelait tous les jours. Chacun connait désormais sa proximité avec Vincent Bolloré, avec Edouard de Rothschild, avec Arnaud Lagardère pour ne pas oublier messieurs Dassault et Pinault.

François Mitterrand aimait la compagnie des écrivains. Nicolas Sarkozy préfère celle des milliardaires.

Le pouvoir économique, c’est aussi celui des médias qui appartiennent le plus souvent aux cimentiers et aux marchands de canons, eux-mêmes proches du nouveau Président de la République. « Libération » et « Le Monde » se sont, il est vrai, ressaisis. Mais, pour combien de temps ? Quant au conseil supérieur de l’audiovisuel, il saura prendre en compte les vœux de l’Elysée.

L’autorité judiciaire pourrait donner quelques soucis, mais les postes de décision, plus ou moins névralgiques, ont fait l’objet de subtiles nominations des amis de la droite.

Le conseil constitutionnel a bien à sa tête un chiraquien qui ne doit rien à Nicolas Sarkozy, mais compter sur Jean-Louis Debré comme ultime défenseur de la République relève d’un hasardeux paradoxe.

Reste donc l’Assemblée nationale. Il n’y aura pas, à l’évidence, de cohabitation. Les Français auront à choisir les 10 et 17 juin prochains :
- soit ils confortent jusqu’à l’excès le pouvoir présidentiel qui a prévenu qu’il ne procèderait à aucune réforme de fond de la constitution. Nous conserverons donc le 49-3 et les ordonnances, moyens déjà utilisés par messieurs de Villepin et Sarkozy pour faire passer en force les réformes sociales.
- soit ils rééquilibrent en élisant des députés de gauche.

Il nous faut constituer un môle républicain pour défendre les acquis sociaux, les services publics, pour imposer une juste répartition des efforts et des profits. La République doit être à l’écoute de tous et le système majoritaire n’a pas vocation à amplifier jusqu’à l’extrême le résultat présidentiel. Il ne faudrait pas, avec 53 % des voix, obtenir 75 % voire plus du nombre des députés.

Alors, mobilisons toutes nos énergies car c’est l’avenir du pays qui est en jeu.