01/02/2012

Droits de l'Homme au Mémorial

Le Mémorial organise tous les ans un concours de plaidoiries sur les droits de l'Homme. Je faisais partie du jury, présidé par Maître Kilani, ministre des relations avec le Parlement dans le nouveau gouvernement tunisien.

Nous avons écouté avec une grande attention, parmi mille auditeurs, dix plaidoiries d'avocats d'Europe et d’Afrique.

Deux discours ont retenu mon attention.

Celui d'Etienne Noël, avocat à Rouen, qui a présenté avec une très grande émotion la situation de Justin, paralysé, mort comme un chien en détention à l'âge de 77 ans. « Le drame, c'est l'échec désastreux de tous les intervenants qui ont joué un rôle dans la procédure de suspension de peine qui devait aboutir à la remise en liberté de Justin pour raison médicale. »

J'ai bien connu la situation insupportable des prisonniers croupissant dans des geôles indignes d'un Etat de droit. A la Réunion, ils étaient plus de vingt à survivre dans 30 mètres carrés. Il fallait les sortir avec le point du jour et les rentrer à la nuit pour éviter qu'ils s'entretuent.

A Rouen, les mamans de bébés passaient leur vie à essayer de câliner leurs enfants alors que des mères de petits enfants n'ont rien à faire en prison.

La plaidoirie de Maître Noël n'a pas été primée. Je le regrette.

En revanche, nous avons élu une jeune avocate, Ophélie Kirsch, qui nous a parlé de la Syrie et du sort de Walid qui a reçu l'ordre d'ouvrir le feu sur des manifestants.

La dialectique de l'ordre et de l'injustice.

Walid a refusé de tuer et il a été condamné à mort. Il faut parfois être un héros pour résister à l'ordre injuste.

Plus globalement, c'est la raison d'Etat qui est remise en cause. Celle qui a toujours tout permis y compris l'inacceptable. Plus près de nous, c'est Karachi. C'est le Rwanda. C'est l'affaire Borrel. Le secret d'Etat renforce la raison d'Etat. Le Prince et Machiavel n'ont pas fini de triompher, même dans les démocraties les plus achevées.

 

28/04/2011

Audition au sénat

Le sénat avait réuni ses commissions des affaires européennes et de l'économie, respectivement présidées par Jean Bizet, sénateur de la Manche, et Jean-Paul Emorine, pour nous auditionner sur les enjeux de la réforme de la politique de cohésion pour les collectivités territoriales.

Le palais du Luxembourg est vraiment un lieu extraordinaire, à l'image des Médicis, aussi majestueux et ouaté que cette famille florentine qui savait si bien utiliser la dague et le poison.

Nos sénateurs nous reçoivent salle Clémenceau. On s'y rend en passant par des escaliers et couloirs ornementés par de belles Mariannes républicaines. Peu de contrôles ; on peut même rentrer dans l'un des salons dorés où se réunissait la noblesse sous les Valois.

Tout se fait avec une amabilité exquise. Les présidents se déclarent enchantés de nous recevoir. Les uns et les autres respirent la République des terroirs. Des rats des champs et non pas des rats des villes.

A l'évidence, tous les sénateurs présents, une bonne dizaine, sont très favorables à la création d'un groupe des régions intermédiaires tout en soutenant, bien sûr, qu'il faut maintenir la PAC « qui n'a plus à démontrer son utilité ».

Jean-Claude Gayssot, ancien ministre du gouvernement de Lionel Jospin, intervient le premier. Il a autant de gouaille que de charme. À l'évidence, il n'est ni énarque, ni avocat. Il parle avec ses tripes. Tout est un peu décousu, mais la conviction est forte. Il aimerait à l'évidence revenir aux affaires, comme l'on dit, pour un ancien ministre qui attend son heure, si jamais elle reviendra, avec un poste de Vice-Président du Languedoc-Roussillon. C'est à coup sûr un amateur de truffes et de champignons puisqu'il nous raconte comment il vient de s'embrocher en en ramassant quelques-uns.

J'interviens ensuite pour souligner notre volonté de rester unis, pour gagner ce combat vital pour nos régions, vital pour la France, vital pour notre jeunesse.

Bruno Bourg-Broc s'exprime au nom de la maison européenne des pouvoirs locaux. Je l'ai connu comme député de la Marne. Il se battait avec conviction pour sauvegarder le moulin de Valmy, là où naquit la République, en septembre 1792. A l'époque, ma commune de Moult avait participé, modestement, à la réfection du célèbre moulin qui vit la victoire de Kellerman et la retraite de Brünswick dont les soldats étaient malades de coliques et qui fut aussi, ne l'oublions pas, sensible aux bijoux de la couronne dont certains lui furent remis pour calmer ses ardeurs guerrières.

André Reichardt, très distingué sénateur d'Alsace, éphémère président de cette région, la représente comme premier vice-président. Il expose avec intérêt le régime spécifique de l'Alsace qui gère, pour l'essentiel en direct, les fonds européens. Il explique curieusement que ce n'est pas l'Europe mais la France qui passe son temps, avec une administration tatillonne, à lui mettre des bâtons dans les roues.

L'audition se passe parfaitement bien et le sénateur Sutour nous fait savoir qu'il présentera avec son collègue Gaillard une proposition de résolution européenne qui, si elle est adoptée, ce qui est vraisemblable, sera la position officielle du sénat.

Nous avons gagné une manche essentielle.

Nous sommes loin de l'attitude du gouvernement français qui aura bien du mal à s'opposer à la commission européenne et à notre action de lobby. Il nous restera à convaincre les parlementaires européens, notamment allemands, puisque nous sommes dans le système de la co-décision. Tout se décidera au dernier moment, tant les positions sont tranchées entre ceux qui soutiennent la politique de cohésion, vitale pour l'Europe, et ceux qui, en invoquant la rareté de l'argent public, plaident pour moins d'Europe.

08/02/2011

Elections cantonales

Un Français sur deux va voter aux élections cantonales des 20 et 27 mars 2011. Ce scrutin, amputé de la moitié du corps électoral, avait pour mission de gommer les mouvements d'opinion. Il est donc vraisemblable, alors même qu'aucune autre élection n'a lieu en même temps, que le taux d'abstentionnisme sera particulièrement élevé – plus de 50 % - alors même que les électeurs citadins, toujours plus nombreux, ignorent jusqu'au nom de leur conseiller général. Il en va différemment à la campagne où le conseiller général est le plus souvent un élu connu et respecté.

En 2014, si la droite gagne les élections législatives, le conseiller général sera supprimé et remplacé par le conseiller territorial, élu sur la base d'un territoire au scrutin majoritaire pour s'occuper à la fois du département et de la région. Les conséquences de cette petite révolution seront multiples : les femmes – une élue sur deux à la région – du fait du scrutin de liste chabadabada vont disparaître de la vie politique locale, car les affaires cantonales sont avant tout trustées par les hommes.

Les nouveaux conseillers territoriaux devront représenter deux entités, le département le matin, la région l'après-midi, et faire preuve de présence dans tous les événements locaux : repas d'anciens, fleurs pour les centenaires, inaugurations des nouvelles classes... Ce seront donc des professionnels locaux de la politique, déconnectés de la vie économique qui a pourtant bien besoin qu'on s'intéresse à elle.

Il est vraisemblable que de nouveaux départements tomberont dans l'escarcelle de la gauche. Le parti socialiste trustera comme à son habitude les présidences, réservant quelques postes de sous-responsabilité à ses alliés. Le parti socialiste n'admet jamais, en dehors de la Corse où une alliance entre les communistes et les radicaux de gauche a eu raison de ses prétentions, que quiconque puisse devenir maire d'une grande ville, président d'un conseil général ou d'un conseil régional. Ses alliés sont contraints d'accepter son impérium ou de disparaître.

Dans le Calvados, le parti radical de gauche présente 6 élus, des personnalités fortement enracinées ayant des postes de responsabilité dans la vie civile. Tout se jouera au premier tour compte tenu du désistement républicain. Les radicaux devront démontrer qu'ils sont la gauche qui agit, celle qui se bat jour après jour, dans les mairies, dans les communautés de communes. Les électeurs auront à choisir entre des militants de section totalement dévoués à leur parti et des élus bénéficiant de la confiance des populations. Le choix devrait être naturel, mais le poids du seul logo du poing et de la rose s'impose souvent en dehors de tout autre critère.

Si les résultats sont à la hauteur de nos ambitions, nous pourront permettre à la gauche, pour la première fois depuis 1791, de prendre la présidence du conseil général du Calvados. Cela annoncera sans doute la prise du Sénat. Le dernier président de gauche de la haute assemblée était un radical, Gaston Monnerville.

Aux radicaux de démontrer, à Caen et au Palais du Luxembourg, que l'exemple de Monnerville peut permettre aux humanistes et aux laïcs de se renforcer pour contribuer de manière décisive à la victoire de la sociale démocratie lors de la prochaine élection présidentielle.