14.03.2007
Maigre bilan
Le Président a prononcé les mots qu’il fallait : « ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. L’extrémisme divise. Il pervertit, il détruit. »
Une condamnation définitive du Front National. Un avertissement sans frais pour l’UMP et Nicolas Sarkozy.
En dehors de ces belles paroles, quel bilan à mettre à l’actif de Jacques Chirac : le refus de rentrer en guerre aux côtés des Etats-Unis en Irak, la baisse du nombre de morts sur la route, la construction du musée des Arts Premiers.
Le Président avait été élu en 1995 sur le thème de la fracture sociale. L’échec est total. La France s’est enrichie et jamais les Rmistes n’ont été si nombreux.
Le Président avait été réélu en 2002 par plus de quatre Français sur cinq et il n’a agi que pour les plus favorisés. Il est enfin le grand responsable du refus de l’Europe. Quelle différence avec François Mitterrand !
La presse étrangère ne s’y est pas trompée. Selon « the Independant », il a passé 12 années de présidence désœuvrée, réalisant remarquablement peu. Le Daily Telegraph est impitoyable : « il était selon l’humeur, un défenseur du libre marché et un protectionniste, un gaulliste et un atlantiste, un fédéraliste et un eurosceptique. »
Der Spiegel et die Welt soulignent le caractère dévastateur du refus du référendum sur l’Europe. La France est désormais, selon la presse allemande, rabaissée et discréditée.
Depuis 2005, la politique étrangère de la France est inexistante ; elle n’a pas su capitaliser son refus d’entrée en guerre, elle s’est brouillée avec les dix Etats dont la Pologne qui ont permis l’élargissement de l’Europe. Son rôle au Proche-Orient en dehors du Liban est nul, elle n’a pas signé avec l’Algérie un vrai traité de paix.
A la différence de Charles de Gaulle et de François Mitterrand, Jacques Chirac n’éprouvait aucune attirance pour l’écriture. Il ignorait superbement la musique. Nul ne l’a vu assister à l’un des opéras de Mozart pour le deux cent cinquantième anniversaire du divin Amadeus.
Il laissera le Musée du Quai Branly consacré aux arts premiers. Ce musée portera sans doute son nom et finalement ce sera justice car il n’était pas évident de comprendre et aimer ces civilisation si lointaines.
Que Jacques Chirac se survive par la culture n’est pas le moindre des paradoxes. Il rejoindra ainsi son mentor, Georges Pompidou.
08:35 Publié dans Institutions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jacques Chirac, arts premiers, François Mitterrand, The Indépendant, Daily Telegraph, Spiegel
05.03.2007
L’Autruche, l’Europe et l’Agriculteur,
Ses derniers messages ont été adressés aux agriculteurs. Ainsi, lors de ses vœux à Tulle le 6 janvier dernier : « Je suis révolté quand j’entends de bons esprits expliquer que l’agriculture serait un secteur dépassé, condamné au déclin. » Ainsi, lorsqu’il vilipende le commissaire européen chargé de l’agriculture, soupçonné de vouloir abandonner la PAC, les agriculteurs ne lui ont jamais manqué et 73 % d’entre eux s’apprêteraient à voter à droite au second tour de l’élection présidentielle. Engouement au demeurant peu compréhensible puisque Nicolas Sarkozy ne parle pratiquement jamais des agriculteurs.
Il est vrai que le maire de Neuilly – président du conseil général des Hauts-de-Seine – n’a pas souvent l’occasion de discuter des quotas laitiers ou de droits à paiement unique, les fameux DPU qui assurent les aides des exploitations agricoles.
Nicolas Sarkozy a demandé, lors de son dernier déplacement en Bretagne, un retour renforcé à une politique de soutien aux prix agricoles, dans la plus parfaite tradition d’un productivisme non maîtrisé.
Ce manque de courage aura des conséquences incalculables. L’agriculteur est, bien sûr, un producteur et non un jardinier, mais il participe à l’entretien de la nature. Le Français aime la nature et l’environnement autant que l’agriculture. L’agriculteur doit vivre décemment alors que bien souvent ses revenus sont médiocres malgré la diminution considérable du nombre des agriculteurs et du nombre des exploitations. Le rendement de son capital investi est pratiquement nul.
L’année 2008 verra la révision à mi-parcours de la politique agricole commune. La France ne pourra plus bloquer l’évolution de l’Europe qui a fait de l’utilisation des fonds structurels pour les territoires les plus défavorisés sa priorité. Le vieux deal franco-allemand d’il y a 50 ans, à moi l’agriculture, à toi l’industrie, est bien mort.
L’influence de la France qui a rejeté la constitution européenne en 2005 est en chute libre et les agriculteurs, il est vrai excédés par les contrôles technocratiques et la paperasserie, mais principaux bénéficiaires du budget européen, ont massivement rejeté l’Europe. Désormais, les Etats devront donc agir directement par le cofinancement des dépenses agricoles. Le calme actuel précède la tempête.
En 1997, nous avions trouvé deux solutions de bon sens : le contrat territorial d’exploitation et la modulation. Nous voulions privilégier une agriculture respectueuse de l’environnement, créatrice d’emplois ; nous voulions assurer la prime à l’herbe et permettre le financement de ces mesures par la redistribution d’une partie des subventions données aux grandes exploitations. Ces deux mesures ont été annulées par Jacques Chirac et le gouvernement UMP en 2002.
Finalement, Jacques Chirac a gelé la situation. Il a pratiqué la politique de l’autruche. La France et les agriculteurs le paieront cher en 2008 puis en 2013.
08:20 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Economie, Environnement, Jacques Chirac, Sarkozy, DPU, CTE, Agriculture
10.01.2007
Chirac : Quel gâchis !
Jacques Chirac aura donc passé 12 années à l’Elysée et son bilan restera marqué par la vacuité. Elu en 2002 par plus de 80 % des Français, il pouvait dépasser les contingences partisanes, devenir le rassembleur du peuple français si marqué depuis toujours par les divisions et les querelles des tribus gauloises.
Ses deux mandats seront ceux de l’échec du référendum européen si indispensable pour la création d’une nouvelle citoyenneté. Son incapacité à relancer la France depuis 2005 reste incompréhensible. Il donne l’impression d’avoir fait l’impasse sur la place de la France en Europe. Son engagement pour l’adhésion de la Turquie à l’Europe alors même qu’il faut renforcer les institutions européennes au risque de dilution de celles-ci, trouble les uns et les autres. La Turquie est en Asie et non en Europe, en dehors d’Istanbul, et ses retards sont tels qu’elle ferait plonger l’Europe car la Turquie, plus peuplée que la France n’est pas la Bulgarie ou la Roumanie qui viennent d’adhérer.
Jacques Chirac aurait pu s’attaquer à la pauvreté, mal endémique qui touche plus de 6 millions de Français qui vivent de rien ou à peu près rien. Eh bien non, il a préféré diminuer les impôts des plus favorisés, aider les entreprises qui réalisent des profits colossaux, admettre les golden parachuts de quelques uns, insatiables, dans leur quête d’enrichissement.
Dans l’inconscient collectif, il laissera le souvenir de Louis Philippe, qui aidé par Guizot, s’était écrié « enrichissez-vous ».
Et la place de la France dans le monde me direz-vous ? Jamais elle n’a été plus réduite. La francophonie est un souvenir, les lycées français à l’étranger sont dans un état lamentable et de plus, si chers, qu’ils n’accueillent plus les enfants étrangers des pays où ils sont installés. La France perd ainsi les relais du futur et le paiera cher dans les années à venir en terme d’influence et de marchés pour nos entreprises. Aucune initiative n’a été prise pour l’euro méditerranée alors que la France occupe une place essentielle dans cette partie du monde, en dehors de l’orbite anglo-saxonne. Et la conférence de Barcelone reste à l’état de balbutiement.
Certes, la France n’est pas entrée en guerre aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. C’était la position de tous et en particulier de la gauche unanime. Seul sans doute, Nicolas Sarkozy l’a regretté car j’ai le sentiment profond que si le Président de l’UMP s’était trouvé à l’Elysée, il aurait emmené la France dans l’aventure irakienne aux côtés de son ami, Monsieur Bush. Car Sarkozy est avant tout en rupture avec la politique étrangère française et a choisi l’atlantisme américain au détriment de l’Europe et de son socle franco-allemand.
Plus grave sans doute, si faire se peut, est le symbole que donnera le Président de la République en termes de morale et d’éthique. Certains et notamment Franz-Olivier Giesbert ont pu parler de la tragédie du Président. Englué dans les affaires judiciaires, en attente de mises en examen qui ne sont suspendues que du fait de son statut mais qui reprendront immanquablement, dès son départ de la présidence, Jacques Chirac s’apprête à vivre les pires moments de sa longue vie politique.
Il se croyait tout permis, puisant sans retenue dans les fonds secrets, confondant sa charge et les obligations de celle-ci avec son bon plaisir. Que plus de 30 gendarmes continuent à protéger nuit et jour son château de Corrèze où il ne met pas les pieds en dit long sur la dégradation de l’esprit républicain.
Le Président fait actuellement de beaux discours, sur le maintien des services publics, sur la peine de mort, sur la fracture sociale, sur le rôle de la France.
L’homme est sympathique, il aime la France profonde.
Quel gâchis !
09:55 Publié dans Institutions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Jacques Chirac, France dans le monde, Ethique, Statut du président, fracture sociale, guerre en irak

