16.04.2007
Les Goinfres
La gauche réaliste a toujours voulu réconcilier l’entreprise et les Français. Il est normal qu’une société fasse des bénéfices et gagne de l’argent de même qu’il est parfaitement admissible que les chefs d’entreprises soient bien rémunérés.
Mais tout doit rester dans une juste mesure. Et ce n’est pas, ce n’est plus le cas.
Les entreprises du CAC 40 ont fait plus de cent milliards d’euros de bénéfices et les dividendes ont augmenté de 30 % en 2006. Ces chiffres mirobolants ont été réalisés au détriment des PME françaises soumises année après année à une rentabilité toujours plus forte qui pousse le chef d’entreprise à exiger des rythmes fous de son personnel. N’allez pas chercher plus loin les origines du stress, le sentiment de harcèlement, le mal-être qui amène des salariés aux gestes extrêmes.
Le monde de l’entreprise est souvent impitoyable et certains patrons, certes peu nombreux mais si représentatifs de l’argent fou, se comportent comme des goinfres. Ils s’empiffrent de stock-options, de primes, d’indemnités, de retraites dorées en plus de salaires astronomiques.
Le patron d’Airbus, qui a laissé son entreprise sur le flan, part avec 8,5 millions d’euros. Une dizaine d’autres ont défrayé la chronique ; ils ont quitté Carrefour, Vivendi, Alcatel-Lucent, Eiffage avec des dizaines de millions d’euros.
Ce système est détestable. Il donne la nausée.
Lorsque je rappelle que le salaire moyen est de l’ordre de 2 000 euros, que les rmistes sont en augmentation depuis 2002 de 30 %, que les smicards seront 4 millions, que 20 % des salariés ne touchent pas le SMIC, les tenants du libéralisme me répondent que je fais du populisme et qu’il faut bien rémunérer ceux qui produisent, créent des richesses ; que tous les pays du monde libéral agissent ainsi.
Le MEDEF avait pris la mesure de la fracture qui se crée, qui s’accroit et Laurence Parisot a fait savoir que de telles mœurs lui donnaient des hauts le cœur. Mais elle a dû se taire sous la pression des grands barons du patronat. Certaines mesures peuvent pourtant être prises pour remédier à ce scandale économique. La transparence des rémunérations et des indemnités est désormais imposée. Faut-il soumettre à l’assemblée générale des actionnaires ce qui relève actuellement des conseils d’administration ? Faut-il soumettre à un comité d’éthique composé de magistrats et d’économistes indépendants le montant des indemnités ? Faut-il permettre à chaque actionnaire de saisir la justice pour dénoncer ce qui relève de l’abus de biens sociaux ?
Les solutions existent donc alors que l’UMP promet aux goinfres de diminuer leurs impôts et de créer le bouclier fiscal qui leur permettra de ne plus payer l’impôt sur le capital.
Que les goinfres se méfient. Il y a quelques décennies, certains exaltés ont fait parler la poudre, en France, en Italie, en Allemagne. Des innocents ont alors perdu la vie.
Les goinfres contribuent à faire disparaitre les repères. Ils mettent nos institutions en danger et donnent des raisons d’agir aux têtes brulées.
08:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : entreprises, profits, CAC 40, primes, indemnités, bénéfices, Carrefour

