01.06.2007

Ridicule

L’ère Chirac s’est terminée avec l’errance du Clémenceau. Porte-avions de la marine républicaine que l’on continue d’appeler la Royale, ce vieux loup des mers devait être désossé en Inde. Il partit vaillamment tiré par un remorqueur et connut un premier avatar en passant par le canal de Suez. L’Egypte prétendit qu’il polluait mers et terres. Il dut attendre plusieurs jours avant de pouvoir passer dans l’océan indien. Nouvelle catastrophe : l’Inde le refusa car les tribunaux de cet Etat prétendirent qu’il était trop amianté pour pouvoir être coupé en morceaux. La France connut une deuxième fois l’humiliation et dut ramener le Clémenceau en France en contournant l’Afrique. Le « Clem » attend toujours son sort en rade de Brest. L’ère Sarkozy s’ouvre sur une nouvelle errance. Celle du Colbert. Magnifique croiseur amarré à Bordeaux, il faisait depuis longtemps partie du paysage. Aussi rouillé et amianté que le Clémenceau, le Colbert devait rejoindre lui-aussi la rade de Brest. On l’attacha donc à un remorqueur pour sortir du golfe de Guyenne. Que croyiez-vous qu’il advint ? Les filins se brisèrent et le Colbert menace de s’échouer ou de partir, tel le vaisseau fantôme, dans les mers du Sud ou du Nord entamer un chant wagnérien. Nul ne sait si des terroristes ont rompu les amarres du Colbert. On aurait envie de rigoler à gorge déployée et de lever des verres à la santé du nouveau ministre de la défense si on ne nous annonçait pas la construction d’un nouveau porte-avions. Pauvre défense française. Pauvre marine française. Elles n’avaient pas besoin de cela. A Cherbourg, on a trouvé une solution pour les sous-marins atomiques, on les a sortis de l’eau et on organise leur visite à la cité de la mer. C’est toujours mieux que d’en faire des casinos flottants, sort qui devait être réservé au France, joyau de la marine marchande en l’amarrant au large de Deauville. Décidemment, la défense nationale, ce n’est pas une sinécure.