13.04.2007

Un si sympathique facteur

Les sondages valent ce qu’ils valent. Ils sont peu fiables mais indiquent des tendances. Il y a cinq années, à la même époque, Jospin commençait à décrocher et l’inversion des courbes entre Le Pen et lui-même devenait une possibilité soulignée par Monsieur Le Gall, spécialiste des sondages au Parti socialiste. Personne à l’époque n’accorda de crédit à son analyse. Le 12 avril 2007, Le Monde publie les graphiques de quatre instituts de sondage : IFOP, SOFRES, IPSOS et CSA. L’avance au premier tour de Nicolas Sarkozy se confirme : 7,5 points, 4,5 points, 8 points pour les trois premiers instituts. Seul CSA ne lui donne que 2,5 points d’avance. Ségolène reste seconde dans tous les sondages et François Bayrou n’a jamais eu des courbes qui ont croisé celles de la candidate de gauche mais l’écart est faible : 2 points, 3,5 points, 3 points, 2,5 points. Tout est donc possible. Les Radicaux ont choisi le rassemblement dès le premier tour pour éviter que la catastrophe de 2002 ne se reproduise. Ils avaient à l’époque une excellente candidate, Christiane Taubira, dont les voix, si elles s’étaient reportées sur Jospin dès le premier tour, auraient permis à celui-ci d’être présent au second tour et sans doute de l’emporter. Or, dans ces derniers jours de campagne, je sens toute la sympathie qu’inspire notre jeune facteur, Olivier Besancenot. On se moque de ce qu’il dit mais il passe bien. Il incarne la fraîcheur. Il parle bien. De nombreux jeunes qui ignorent le nom même de Trotski veulent voter pour lui, car ils s’identifient à ce jeune homme. Rappelons donc simplement mais avec force que le 22 avril 2007 est le lendemain du 21 avril 2002 et que les mêmes causes produiront les mêmes effets. Au second tour, le réflexe anti-sarkozy jouera à plein mais c’est au premier tour qu’on gagne le second.

27.03.2007

Divins sondages

A moins de trente jours du premier tour de l’élection présidentielle, égalité absolue entre les deux principaux candidats – 26 % au premier tour pour Sarkozy et Ségolène – 50 % au second tour. Pour la première fois depuis longtemps, gauche et droite se retrouvent à égalité. Le sondage publié par Le Figaro le 25 mars 2007 montre que Ségolène regagne du terrain de même que José Bové et Olivier Besancenot. Le Figaro titre d’ailleurs, ce qui n’est pas son habitude, sur la progression de la gauche. A l’évidence, Ségolène Royal tient ses engagements de gauche, se montre pugnace, oublie de gaffer. Elle tient sans doute le bon bout en publiant un livre de campagne. La première intelligence est de se faire interviewer par une journaliste du magazine « Elle », dont on sous-estime qualité rédactionnelle et impact sur l’électorat féminin. On retiendra deux citations de la candidate qui en disent plus qu’un long discours. L’une de Jaurès : « Il faut subordonner les lois brutales de la concurrence aux lois supérieures de la vie ». L’autre de Mitterrand : « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnait et qui la frappe a toujours tort. » Les Français seront également sensibles à ses propositions que les gauchistes trouveront ringardes et iconoclastes sur les symboles de la nation, la Marseillaise bien sûr, le drapeau tricolore également lorsqu’elle veut pavoiser la France le jour du 14 juillet. Après tout, l’un des plus beaux tableaux impressionnistes ne représente-t-il pas des maisons normandes couvertes de drapeaux tricolores. La force de Ségolène Royal réside dans l’art du contrepied. Elle sait écouter, esquiver puis recentrer le débat sur un thème qu’elle impose avec d’autant plus de conviction qu’elle surprend la classe politique socialiste. Les sondages montrent la grande attente des Français, leur volonté de changement, leur passion pour cette élection. Ils se sont montrés divins pour Ségolène lorsqu’elle a incarné changement et différence. Qu’elle nous fasse rêver et nous parle de culture et d’ordre juste, aux antipodes du libéralisme et de l’atlantisme de Nicolas Sarkozy.